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01. Quelques questions à François Dosse PDF Imprimer Envoyer



La biographie



1. Il y a quelques années, vous affirmiez « l’historien prend enfin les acteurs au sérieux ». La production historiographique actuelle confirme-t-elle ce constat ?



Il est certain que l’engouement actuel pour le genre biographique, genre longtemps tenu en marge du savoir savant en histoire et en sciences humaines, est un symptôme évident de cette nouvelle interrogation sur ce qu’agir veut dire, sur l’intentionnalité des acteurs. Dans l’ancien paradigme dominant, structuralo-durkheimo-marxiste, seule la structure avait droit de cité comme source, socle fondateur de l’explication historienne. Certes, comme on disait autrefois, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, et donc d’ignorer les contraintes qui pèsent sur les acteurs, mais il convient s’essayer d’articuler une meilleure compréhension de l’agir humain en combinant les échelles d’analyse, micro et macro de l’ensemble sociétal.


2. Les pratiques d’enseignement semblent en retrait parce qu’elles font finalement peu de place aux acteurs. Comment interprétez-vous ce décalage entre l’histoire universitaire et les pratiques d’enseignement ?



Il y a toujours eu un certain décalage entre les inflexions épistémologiques et leur traduction au plan de l’enseignement. On ne peut pourtant pas dire que les programmes, les manuels et les enseignants aujourd’hui restent à l’écart de cette nouvelle sensibilité historique plus proche des acteurs. Cette dimension est en général prise en compte.



3. Les programmes scolaires peuvent-ils modifier ces pratiques ? Comment ?



C’est déjà le cas et cela ne peut que se renforcer. Ainsi, à propos de l’enseignement des grandes figures qui ont marqué l’histoire et qui doivent contribuer à constituer la base d’une culture partagée entre les élèves. Ces « héros » ou « grands hommes » ne sont plus enseignés comme à l’époque de Lavisse sous la forme de statues édifiantes pour les élèves qui étaient appelés à s’identifier à des valeurs morales incarnées. A l’âge herméneutique que l’on traverse, on multiplie au contraire la diversité des regards sur de mêmes figures. On prendra par exemple à propos de Napoléon à la fois sa légende noire et sa légende dorée. On ne se contentera pas de suivre un récit linéaire et téléologique sur un acteur de l’histoire, mais on mettra l’accent sur la diversité de sens qu’il représente, les usages, les pratiques posthumes que la société en fait. Ce qui va intéresser l’historien ne sera donc pas seulement le déroulé factuel, mais les sédimentations de sens, la figure biographique comme sur-signifiée jusqu’au moment présent.


4. On porte traditionnellement au crédit de l’histoire scolaire des débuts de la IIIe République d’avoir été une histoire des « grands hommes ». Quels acteurs et actrices choisir pour une histoire de la France désormais multiculturelle ?



Il serait incongru de penser qu’il suffit de substituer aux héros à l’ancienne de nouveaux héros en les parant des nouvelles vertus d’une République plurielle ou d’une Europe en constitution. Nous sommes à l’âge réflexif d’une histoire au second degré, et ce qu’il convient de prendre en considération est l’importance de la dimension symbolique, la distanciation critique à laquelle procède le regard de démythologisation. C’est à cette condition que le biographique peut être un objet bon à penser et à enseigner, et non un simple « retour » du même. Non, l’histoire ne repasse pas les plats.





 
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